L'église Saint-Germain

La tradition veut qu’à l’emplacement de l’église actuelle ait existé vers 900/950 une chapelle dont l’ermite se serait appelé Aldebert, et que cet ermitage ait été le noyau de l’évangélisation du village avant que Louis VI n’accorde, au XIIème siècle la Terre de Mons aux évêques de Senlis.

Au début du XIIIème siècle, l’avènement au trône épiscopal de Senlis de frère Guérin, hospitalier de Saint Jean de Jérusalem, principal conseiller et chancelier de Philippe Auguste, marquera l'essor décisif de ce lieu, devenu résidence rurale des évêques de Senlis sous le nom de Mont l’Évêque.

Dressé contre un piédroit de la porte d'entrée, le couvercle de tombe date du XIème siècle; cette pierre, scellée à gauche de la porte d'entrée, provient du cimetière qui entourait l’église avant 1870.

Les parties les plus anciennes de l’édifice datent du début du XIIIème siècle. Certains éléments, tels le croisillon nord, ou la nef, à l'origine sans bas-côté et considérablement modifiée, paraissent avoir été intégrés à l’édifice actuel, comme la quatrième travée au sud du clocher qui présente une arcade brisée que l’on peut présumer de cette époque.

Le chœur, d'une belle ordonnance (1225 environ), fort élevé, polygone est éclairé de grandes fenêtres d’ogives simples ornées de griffons et feuilles recourbées. Les transepts ont pour fenêtres des ogives en lancettes, et à l’intérieur, des voûtes pourvues de double tores et des restes de chapiteaux garnis de feuilles. Ces caractères dénotent bien le commencement du XIIIème siècle. La travée centrale du chœur est un vaisseau surélevé aveugle, choix architectural typique du style gothique flamboyant du diocèse.

L’église a beaucoup souffert de la Guerre de Cent ans. En 1429, le village fut très certainement occupé par les anglais, leur servant d'avant-poste par rapport à la ville de Senlis qu'ils tenaient solidement.

Il fut plausiblement libéré par Jeanne d'Arc au moment du combat dit " de Montepilloy" qui semble avoir eu lieu en réalité sous les murs de la Victoire.

Au cours de ce combat, les avant-gardes du duc de Bedford, venues de Paris pour renforcer et épauler la garnison de Senlis, furent rejetées au-delà de la Nonette, le 15 août 1429.
Louis XI reconstruisit la Victoire et les évêques de Senlis reprirent possession de leur domaine.

 

Sévèrement endommagée, l’église sera presque totalement rebâtie au XVIème siècle. 

Ainsi le chœur, commencé au début du XIIIème siècle lorsque l’évêque Guérin devint seigneur de Mont l’Évêque, a été terminé entre 1530 et 1540 par Guillaume Parvi, évêque de Senlis.

Cet achèvement eut lieu en même temps que celui du chœur de l'église de Baron, à quelques kilomètres de Mont l'Évêque, et à la même période que l'agrandissement de la cathédrale de Senlis.

Une forte rivalité entre l'évêque et les chanoines de Senlis peut expliquer l'importance d'une telle église qui était évidemment disproportionnée avec le service d'une paroisse qui ne devait pas compter plus de deux cents habitants.

Par la suite, entre cette époque et le début du XVIIème siècle , il semblerait que chaque évêque ait apporté sa contribution à la construction, au fur et à mesure de ses besoins et de ses disponibilités.

Le bas-côté, construit au nord de la nef, a la particularité de ne pas être couvert d'un toit en appentis comme c'est usuel, mais d'un toit à deux versants ; il communique avec la nef par des arcades dont les chapiteaux méritent d'être détaillés.

Le cœur, beaucoup plus élevé que la nef et attirant l’attention, présente un plan classique: un vaisseau central aveugle prolongé par une abside à trois pans et flanqué de bas-côtés terminés carrément. Les fenêtres présentent toutes un réseau en plein cintre qui dénote l'influence de la Renaissance. L'élément le plus remarquable est constitué par les voûtes, dont les nervures adoptent des tracés complexes et tous différents, véritable anthologie des voûtes du gothique tardif. Liernes et tiercerons (nervures secondaires) sont ici de rigueur et les nervures de l'abside adoptent même un tracé asymétrique.

Si l'on excepte les "embellissements" du XIXème siècle, la dernière campagne importante concerne la construction du clocher Renaissance en 1634. Il était à l’époque surmonté d’un dôme comparable à celui de l’église Saint Pierre de Senlis, qui émergeait au-dessus de l’entablement classique du clocher.

Ce dôme a été détruit vers 1815 par un ouragan qui fit des ravages considérables dans la région. À peine plus haut que le chœur, c'est une tour massive couronnée par une balustrade et flanquée sur son angle sud-est d'une tourelle d'escalier qui dépasse nettement le niveau de la plateforme. Son utilisation comme tour de guet ne fait aucun doute.

La disposition des pierres d'angle de la façade ouest montre qu'avait été prévue la construction d'un bas-côté faisant pendant au bas-côté Nord. De l'extérieur, on voit une voussure terminale à la hauteur de l'horloge, voussure comblée à la hâte. Des pierres sont encore en attente sur la tour.

Au sujet des pierres de l'église : elles proviennent des carrières de Mont l'Évêque, qui appartenaient à l'évêque, et qu'il louait à des carriers.

Les archives montrent qu'au moment de la surélévation de la cathédrale de Senlis et de l'agrandissement de l'église de Mont l'Évêque, le bail de ces carrières est passé de 30 à 500 livres par an...

A la disparition de l'Évêché de Senlis en 1791, fondu ensuite avec celui de Beauvais à la Restauration, la disproportion s'est encore accentuée entre les besoins d'une paroisse qui n'était plus "épiscopale" et la taille de l'édifice, si bien que les municipalités successives n'ont jamais eu les moyens d'achever cette église et, à peine, de l'entretenir.

L'apport du XIXème siècle n'a cependant pas été négligeable et, à certains égards, plus heureux à Mont l'Évêque qu'autre part. Les vitraux historiés, par exemple certains signés C. Lévêque, remplaçant les blanchailles d'origine, le mobilier d'autel et les grilles constituent un ensemble réalisé entre 1840 et 1860 et qui se marie harmonieusement avec l'architecture gothique d'origine.

En 1870, le cimetière qui entourait l'église a été transféré à un nouvel emplacement grâce à une donation de Napoléon III. Il ne semble pas que l'ancien cimetière ait contenu des éléments méritant d'être sauvés, les pierres tombales les plus intéressantes, à l'exception de celle du XIIIe signalée plus haut, se trouvant à l'intérieur de l'édifice.

L’Église Saint-Germain a été inscrite aux Monuments Historiques en date du 27 septembre 1969.

Sources : Escapades du patrimoine, Association pour la sauvegarde de l’église, BNF.