La rivière

D’après Émile Lambert, le terme Nonette vient du mot « onna », d’origine préceltique, qui signifie rivière, source, cours d’eau. Ce terme apparaît à la fin du IXème siècle pour désigner la Nonette dans une charte de Carloman II, roi des Francs de 879 à 884.

La rivière, longue d’un peu plus de quarante kilomètres, est un affluent rive gauche de l’Oise et donc un sous-affluent de la Seine. Elle prend sa source en amont immédiat de Nanteuil le Haudoin à 95 mètres d’altitude et s’écoule d’est en ouest en arrosant notamment la ville de Senlis et le parc du Château de Chantilly où elle est canalisée.

Elle se jette dans l’Oise à Gouvieux achevant ainsi un dénivelé de 70 mètres. Ses deux principaux affluents sont la Launette, qui  arrose le parc d’Ermenonville, et l’Aunette, qui prend sa source au nord de Rully pour se jetter dans la Nonette à Senlis.

Une grande partie de son bassin versant est un site naturel inscrit. Elle traverse les communes, dans le sens amont vers l’aval, de Nanteuil le Haudouin, Versigny, Baron, Montlognon, Fontaine-Chaalis, Borest, Mont l'Évêque, Senlis, Courteuil, Avilly Saint Léonard, Vineuil Saint-Firmin, Chantilly et Gouvieux. La quasi-totalité de son cours s’inscrit dans le Parc Naturel Régional Oise-Pays de France et sa gestion est assurée par le Syndicat Intercommunal du SAGE de la Nonette.

 

Le débit de la Nonette a été observé à Courteuil pendant une période de 41 ans, de 1968 à 2008 ; les fluctuations saisonnières sont très faibles, comme c’est bien souvent le cas dans le nord-ouest du bassin de la Seine et dans les régions proches de la Haute-Normandie et du bassin de la Somme.

Il est bien difficile de parler de hautes et de basses eaux pour un cours d’eau aussi régulier. Cependant, on constate que les débits mensuels  sont plus élevés de décembre à mai ; dès le mois de juin, le débit baisse quelque peu et atteint un plancher d’août à octobre avec un minimum en septembre.

On peut donc admettre que la Nonette est une rivière à débit mensuel moyen quasi constant tout au long de l’année même si des fluctuations plus prononcées peuvent apparaître selon les années et sur de courtes périodes.

Le cours de la Nonette est dans sa quasi-totalité artificialisé ; il s'agit d'une rivière suspendue en raison de l'implantation passée d'une trentaine de moulins qui, autrefois, fournissaient l'énergie nécessaire à toute une activité économique.

Certaines zones ont connu des aménagements hydrauliques sous la forme d'étangs et ce cours d'eau forme en certains points des marais ainsi que des prairies humides, constituant des écosystèmes remarquables par leur biodiversité.

 

Les moulins

 Au début du XIXème siècle, on dénombrait encore plus de trente moulins sur la Nonette, quarante-six en incluant ses affluents.

Dès le début du Moyen-Age, les moulins, principalement sources d’énergie, étaient l’objet de toutes les convoitises ; le roi et les seigneurs s’en réservaient l’exclusivité avec le privilège de leur concession.

Par la suite, le clergé en recevra la plus grosse part, grâce à des donations échanges, et il faudra attendre le début du XVIIIème siècle pour voir apparaître les premiers meuniers propriétaires exploitants, personnages importants et respectés car produisant et détenant ce bien si précieux qu’est la farine.

Au cours du XIXème siècle, on assistera à la disparition progressive des petits moulins de la Nonette au profit des bâtiments qui, adoptant les techniques venues d’Angleterre ou d’Amérique, sauront se moderniser en de véritables usines de trois ou quatre étages, permettant ainsi d’établir des chaînes de production rationnelles, de l’arrivée des sacs de blé à la fourniture des sacs de farine.

Les énergies vapeur puis électrique au XXème siècle supplanteront l’hydraulique : sur trente et un  moulins en 1840, il n’en restera plus que dix-sept en 1908. Vers les années 1950 seule une dizaine seulement était encore en activité dont la moitié pour moudre du grain.

De nos jours, le Moulin de Courteuil, dépendant jadis de la seigneurie de Chantilly et construit en 1517, est  le dernier moulin de la vallée de la Nonette à toujours être en activité. Son logis subsiste mais la minoterie a dû être reconstruite en 1955 suite à un incendie.

Le moulin de Mont l’Évêque dépendait, quant à lui, de la mense épiscopale, le village ayant servi de résidence aux évêques de Senlis jusqu’à la Révolution.

Au XIXème siècle, c’était un moulin de taille moyenne : sa production annuelle était de cinq mille hectolitres, avec deux employés. Par comparaison, le moulin de la Victoire, proche de celui-ci, produisait vingt et un mille six cents hectolitres avec cinq employés.

Le moulin n’existe plus, mais il reste le bâtiment, entièrement restauré, servant de maison d’habitation.

Plus récent, le petit moulin de Mont l’Évêque, proche du précédent, fut construit en 1837, sur une dérivation de la Nonette : le Fossé de Six Pieds. Il ne produisait que mille huit cents hectolitres par an, ce qui le plaçait dans les derniers rangs des moulins à blé de la Nonette.

Il a cessé de fonctionner depuis longtemps et les bâtiments ont été détruits. Ce moulin, comme le précédent, appartenait à la famille de Pontalba.

Plus en aval, le moulin de la Victoire dépendait de l’abbaye éponyme, construite après la victoire de Bouvines, en 1214.

Après la destruction de l’abbaye en 1782 et la vente du domaine, le moulin connut plusieurs propriétaires.

Incendié en 1835, il fut reconstruit dans le système américain, sur une grande échelle, avec tous les perfectionnements de l’époque. Alors propriété de M. de Navry, sa production venait au second rang des moulins de la vallée.

Devenu propriété de M. de Pontalba, il fut atteint par deux bombes le 10 mai 1940 et deux maisons d’habitation sont venues remplacer les bâtiments détruits en 1947.

 

Mont l’Évêque et son domaine

Après le pont de Corne, à la sortie de Borest, sur un faible parcours, la rivière coule dans son lit naturel, assez envasé, puis elle est à nouveau endiguée. 

Dans le périmètre de Mont l’Évêque, l’ensemble hydraulique est assez complexe. À l’entrée est du village, la Nonette se divise en deux bras qui ne se rejoindront qu’à l'abbaye de la Victoire.

Cette double dérivation appelée la Sangle draine vers elle l'eau des prés humides, permettant ainsi les cultures de la zone du petit marais.

En 1970, lors de la construction de la déviation, elle a été déplacée de quelques mètres et passe maintenant en deux points sous la N330.

La sangle dessert l’ancien abreuvoir, bassin en hémicycle maçonné en pierre avec son gué et poursuit son cours au pied du château, alimentant son miroir ainsi que les canaux du parc.

La Sangle donne elle-même naissance à un autre bras artificiel, appelé le Fossé des six pieds, qui, provenant de la cressonnière, dessert le lavoir datant du début du XXème siècle et maintenant entièrement restauré.

Autrefois utilisé pour alimenter le petit moulin, le Fossé de six pieds est muni d’un système de vannes qui faisait partie, durant la seconde guerre mondiale, du dispositif de la ligne Chauvineau, en offrant la possibilité d’entraver la route de l’ennemi par inondation de la zone.

Après son parcours à l’intérieur du parc, il se jette dans la sangle en aval du miroir du château. L’ensemble rejoint finalement la Nonette entre l’ancienne abbaye de la Victoire et un lac qui aurait été creusé à l’époque de Louis XI, alors familier de l’abbaye.

Le grand parc, qui s’étend de Mont l’Évêque à Villemétrie, est la propriété de la famille de Pontalba. Son histoire, comme celle de son château, est étroitement liée à celle de l’abbaye toute proche, les deux domaines étant toujours limitrophes.

C’est à Michaela Almonaster, épouse de Joseph Célestin de Pontalba, ancêtre des actuels propriétaires, que l’on doit l’embellissement d’une partie du domaine de Mont l’Évêque au XIXème siècle. À l’origine, les deux parcs de Mont l’Évêque et de la Victoire étaient séparés, mais c’est un même paysagiste irlandais qui les aurait aménagés en 1835 en fonction de la chasse.

Ce remaniement conféra à la beauté du lieu un aspect très romantique en vogue à cette époque : les arbres sont nombreux et constituent de belles allées où l’on reconnait platanes, érables, chênes, acacias, tilleuls, marronniers et frênes.

Cet écosystème remarquable est particulièrement riche pour les botanistes : on y trouve en été, dans une végétation luxuriante, livrée à elle-même, de nombreuses plantes des milieux humides.

Certaines dominent par leur éclatante vigueur : la patience des eaux, qui peut atteindre deux mètres ; les salicaires aux longs épis de fleurs verticillées pourpre ; l’eupatoire chanvrine, richement feuillée, déployant en gerbes rose pâle ses nombreux capitules ; la très décorative massette, avec ses deux épis de fleurs jaune paille et brun chocolat, en forme de cigare ; le chardon des marais, dont les fleurs s’étagent du rose au pourpre.

On y trouve aussi des laîches, des reines des prés, des épilobes hirsutes aux feuilles duveteuses et aux fleurs roses solitaires, des iris d’eau, des roseaux, des joncs.

Dans les eaux flottent les renoncules aquatiques aux pétales blancs et étamines jaunes, les longues tiges du rubanier, les lentilles d’eau vertes ou jaunes selon les reflets du soleil, les callitriches du marais…

De l'abbaye de la Victoire jusqu'au sud de Senlis, la Nonette a également été dérivée au Moyen-Âge, pour passer devant les remparts de la ville et entrer dans la stratégie défensive de la cité.

En effet, c’est après le coude de la Nonette dans le parc de la Victoire que débute la digue qui a permis de détourner les eaux de la rivière vers les remparts de Senlis, répondant ainsi à des objectifs à la fois économiques et militaires.

Mais avant, à l’ombre des deux châteaux et des ruines de l’abbaye, le long des cours d’eau ou au bord des étangs, la nature prospère en toute liberté.

 

 

(Sources : Maurice Delaigue, La Nonette - Wikipédia - IGN - BNF)