Le massif forestier d'Ermenonville

La « forêt des abbayes »

 

Domaine royal avant le XIIème siècle, la forêt d’Ermenonville appartient pour l’essentiel à l’Église jusqu’à la Révolution française.

Quatre propriétaires principaux se la partagent : les moines de Chaalis, richement dotés de terres par Louis VI le Gros en 1136 ; ceux de La Victoire, installés par Philippe Auguste en 1214 ; l’évêché de Senlis et l’église Sainte Geneviève de Paris.

De là le surnom de « forêt des abbayes » qu’elle porte sous l’Ancien Régime même si quelques seigneurs laïc, dont celui d’Ermenonville, y sont également propriétaires.

Giboyeuse, la forêt est, par ailleurs, intégrée à la capitainerie des chasses d’Halatte, ce qui permet aux princes de Condé d’y intervenir et d’y faire tracer au XVIIIème siècle un réseau d’allées en étoiles encore visible aujourd’hui.

L’avènement de la forêt domaniale

Sous la Révolution, les propriétés seigneuriales sont confisquées et réunies à titre de bien nationaux en une seule forêt de plus de 6 000 hectares. Amputée sous le Consulat au bénéfice du général Kellermann, qui obtient la seigneurie de Chaalis à l’est, et de Joseph Bonaparte, auquel revient le domaine de Mortefontaine au sud, la forêt perdra encore, par la suite, quelques bois au profit des seigneurs d’Ermenonville auxquels leurs biens seront rendus. Mais le principe d’appartenance à l’État est acquis et la Restauration lui donne le statut de forêt domaniale.

Depuis 1815, les limites de l’entité domaniale ont toutefois subi plusieurs modifications au gré d’échanges de parcelles entre État et propriétaires privés, mais aussi d’achats.

Des abords riches en vestiges historiques

Le massif abrite de nombreux monuments situés principalement à sa périphérie. Au nord, l’abbaye de La Victoire, le château de Mont l’Évêque autrefois résidence d’été des évêques de Senlis, le château de Valgenceuse dont le parc aurait été créé par André Le Nôtre et, plus ancien, le menhir de Borest. Au sud, le domaine de Vallière dont le château, construit au milieu des jardins de Mortefontaine, nous vient des ducs de Gramont. Au centre, l’abbaye de Chaalis avec sa chapelle de l’Abbé, embellie de fresques Renaissance du peintre italien Primatice, et ses riches collections d’art.

Terre de pins

Sans les pins, la forêt d’Ermenonville ne paraitrait pas elle-même. Pourtant, ils ne sont là que depuis moins de deux siècles. Auparavant, la forêt se distinguait surtout par son boisement discontinu. Aux feuillus occupant les sols les plus favorables répondaient alors de vastes landes rases, des dunes de sable et des blocs de grès. Jusqu’à ce que l’Administration des Eaux et Forêts entreprenne, après 1825, de boiser les zones vides. Pour cela, elle choisit deux essences adaptées au sable : le pin maritime et le pin sylvestre. Si le pin maritime, décimé par les gelées de l’hiver 1879-1880, est aujourd’hui peu présent, le pin sylvestre s’est si bien acclimaté qu’il occupe maintenant 1 412 hectares de la forêt domaniale, soit 43% de sa surface. Il contribue largement à faire du domaine d’Ermenonville une des rares forêts  picardes plantées pour moitié de conifères.

Si le massif compte aujourd’hui 900 hectares de pins de même âge, c’est pour l’essentiel aux bombardements de l’été 1940 qu’il le doit. 800 hectares de pins ont alors partis en fumée, le reste disparaissant soit par cause naturelle (tornade de mars 1940), soit par suite des besoins en bois des armées.

Vers la futaie intégrale

Pour autant, la forêt domaniale d’Ermenonville est aussi terre de feuillus et, à ce titre, le royaume du chêne, présent sur 1 434 hectares du domaine. Largement devancé, le hêtre n’occupe que 105 hectares et 3% de la surface forestière tandis que l’aulne se maintient sur 4 hectares.

Vieille forêt de taillis sous futaie, Ermenonville a connu pendant plus d’un siècle, suite à la plantation des pins, deux régimes d’exploitation parallèles : taillis sous futaie pour les feuillus, futaie régulière pour les résineux. Cependant, depuis les années 1970, l’Office national des forêts a opté pour la conversion des feuillus en futaie régulière. À long terme, la forêt domaniale, dont la production de bois certifié PEFC atteint 15 000 à 18 000 m3 par an, deviendra ainsi une futaie régulière intégrale, composée de six essences objectifs définies par le plan d’aménagement des années 2000 à 2014. Chêne rouvre, pin sylvestre, châtaignier, pin laricio de Corse, pin maritime et aulne glutineux y seront favorisés tandis que les autres espèces seront utilisées en mélange à hauteur de 20% du couvert.

 

Des forêts privées nombreuses et diversement gérées

 

Nombreuses en Ermenonville, les forêts privées sont gérées de différentes façons.

Confiée par l’Institut de France à l’ONF, la forêt du domaine de Chaalis, constituée de trois grands ensembles (peupleraies, feuillus et résineux), fait l’objet d’un aménagement pour les années 2001 à 202O. Traitée –hors peupleraies- en futaie irrégulière, elle produit chaque année 1 500 m3 de bois.

Les autres forêts privées du massif, propriétés de divers groupements forestiers sont, pour la plupart, confiées au bons soins d’une coopérative de gestion ou d’un expert forestier.

Les résineux y sont toujours exploités sous forme de futaie régulière tandis que les parcelles feuillues sont plus volontiers traitées en futaie irrégulière.

Un relief vallonné ménageant de jolies vues

Si le massif d’Ermenonville peut fort bien s’apprécier visuellement de l’extérieur, notamment à partir des routes départementales 330A au nord, 100 à l’est et 922 au sud, c’est bien entendu de l’intérieur que l’on prendra le lieux la mesure de ses ambiances .

Situé sur le même socle calcaire hérité de l’ère tertiaire que les massifs de Chantilly et d’Halatte, Ermenonville, dont l’altitude moyenne oscille entre 70 mètres dans sa partie nord et 122 mètres dans sa partie sud, s’en distingue pourtant en maints endroits. Riche en fortes pentes, ses reliefs ménagent aux promeneurs suffisamment de jolies vues sur l’intérieur du massif pour s’en convaincre. Ainsi, on pourra privilégier les hauteurs du bois de Perthe pour s’offrir un tour d’horizon visuel. À moins de préférer, en bordure du domaine de Vallière, le chemin du Frêne qui permet d’embrasser d’un seul regard un superbe panorama en direction du sud. Le massif d’Ermenonville est classé depuis le 28 août 1998 en raison de la qualité de ses paysages.

Une forêt sur sable

 

En Ermenonville, ce qui frappe en premier le promeneur, c’est l’importance des sables auversiens masquant l’assise calcaire de la forêt.

Retravaillé pendant le quaternaire par le vent et l’eau, accumulé dans les fonds de vallon et autour des chaos de grès, le sable est partout.

Même si le couvert végétal la rend désormais moins lisible, la topographie de la forêt demeure constituée de dunes dont la mer de sable, située face à l’abbaye de Chaalis, fournit la plus belle illustration.

Majoritairement pauvres et secs, les sols d’Ermenonville deviennent brûlants en été. L’influence sous-jacente du calcaire y varie en fonction de sa profondeur d’apparition sous le sable et détermine trois types de végétation : feuillus sur les sols où le calcaire est le plus proche de la surface, résineux ou feuillus sur les sols sableux un peu plus épais, landes à bruyères, bouleaux et pins sylvestres là où le calcaire, fortement recouvert, ne joue plus aucun rôle.

Le meilleur moyen de mesurer ces contrastes consiste à emprunter à pied, à partir de l’abbaye de Chaalis, la Vieille Route qui traverse le massif jusqu’à l’autoroute A1. Autrefois utilisée par les moines pour se rendre à Chantilly, elle coupe alternativement parcelles de feuillus et de pins dont la succession donne tout son cachet à la forêt.

La splendeur des grès


Comme à Fontainebleau, le grès est la roche reine du massif d’Ermenonville. Vieux d’au moins 35 millions d’années, ses blocs, formés de grains de sable soudés entre eux par de la silice, ont d’abord constitué de solides entablements rocheux.

Puis l’érosion a fait son œuvre : entamés par des cours d’eau aujourd’hui disparus, les grès, cantonnés en haut de pente lors du creusement des vallées, se sont fracturés, roulant pour certains d'entre eux dans les vallons sous forme de blocs.

L’exploitation des grès a également largement contribué à façonner les paysages actuels. Si bien qu’Ermenonville alterne aujourd’hui tables gréseuses comme la Pierre Sorcière, chaos rocheux tels les Bruyères de Frais Vent et les Grès Sainte Marguerite, et blocs erratiques semés ici ou là, le tout contribuant à rendre son atmosphère particulièrement pittoresque.

 

Étangs et marais

Circonscrit au nord par la Nonette et baigné au sud par le cours de la Thève et les étangs des domaines de Vallière et de Saint Sulpice, le massif d’Ermenonville s’épanouit aussi partiellement autour de la Launette, modeste rivière qui traverse sa partie orientale  en alimentant au passage l’étang du parc Jean-Jacques Rousseau, l’étang du désert et les étangs de Chaalis.

L’existence d’une parcelle de marais de six hectares réputée non boisable et de la belle osmonde royale, fougère des milieux humides par excellence, accompagnée d’autres plantes aussi peu communes et typiques de ces mêmes biotopes témoignent de la présence de l’eau dans le massif.

 

La forêt des landes

Toutefois, ce qui constitue la singularité écologique d’Ermenonville, en complément des pinèdes et de l’impression d’aridité générale découlant de l’omniprésence du sable, c’est l’existence au sein du massif de landes sèches sans équivalent ailleurs dans le nord du bassin parisien sur une telle superficie.

Très nombreuses jusqu’au XVIIIème siècle, landes et pelouses sableuses, autrefois utilisées pour le pacage des moutons, occupent encore de manière discontinue environ 250 hectares et suffiraient à elles seules à expliquer le rattachement du massif au réseau Natura 2000.

C’est ici le royaume des éricacées, plantes de la famille de la bruyère, dont deux sortes déploient leurs corolles roses : la callune, la plus répandue, et la bruyère cendrée, peu courante dans le nord de la France. Dans ces espaces se rencontrent aussi d’autres plantes rares telles le genêt poilu. De même, s’est maintenue sur place une faune spécifique pour laquelle la protection des landes s’avère vitale : papillons tel le miroir ; sauterelle comme la decticelle des bruyères, oiseaux dont l’engoulevent d’Europe et reptiles tel le lézard agile.

 

Pour connaître les périodes et les zones chassées vous pouvez vous rendre sur le site Internet du PNR et y consulter les conseils aux promeneurs ainsi que la carte interactive des jours des chasse.

 

 

Le programme de lOffice National des Forêts

Originalité de la forêt d'Ermenonville

La forêt domaniale d’Ermenonville, d’une surface totale de 3 326 ha, est une  forêt recomposée, résultat de l’agglomération de bois ecclésiastiques confisqués à la Révolution, de landes, de garennes et de bruyères, et de paysages façonnés à main d’homme : tracés rectilignes, carrefours en étoile, plantations dans les zones vides.
Si la forêt est intégrée dans un paysage rural aux portes de Paris, entourée de bois privés, elle est divisée du point de vue de sa fréquentation : locale et diluée au nord, extérieure et concentrée au sud.
Elle est riche en espèces animales et végétales remarquables ou protégées (engoulevent d’Europe, pic mar, bruyère cendrée, genêt …) et présente des habitats à conserver (landes sèches, zones humides, îlots de vieux bois …).

L'aménagement forestier

C’est un document de gestion qui programme dans le temps et dans l’espace les coupes et les travaux à réaliser pour les 20 ans à venir, en tenant compte de la gestion passée et des objectifs assignés à la forêt (production de bois, accueil du public, préservation de la biodiversité). Il considère la forêt dans sa globalité et dans sa multifonctionnalité. Aussi s’applique-t-il :
- à veiller à la bonne santé de la forêt et à son renouvellement ;
- à garantir aux générations futures un patrimoine naturel valorisable d’un point de vue économique, environnemental et paysager ;
- à accueillir le public dans les meilleures conditions tout en veillant à la préservation des milieux naturels et à leur gestion courante.

Le programme pour les vingt prochaines années

Régénérer la forêt

La forêt d’Ermenonville, pour sa très grande majorité, est conduite en futaie régulière. Cela signifie que sur chaque parcelle, tous les arbres ont le même âge. L’objectif de tendre vers un équilibre des classes d’âge n’est donc pas atteint aujourd’hui.

Deux  catégories sont surreprésentées : les pins sylvestres, plantations d’après-guerre, qui ont entre 60 et 80 ans et les chênes, qui souvent dépérissent, au sein des gros bois, et qui ont besoin d’être remplacés par de jeunes sujets. Aujourd’hui, 600 ha de peuplements composés à 90% de chênaies et se situant en grande majorité au sud de la forêt présentent des problèmes sanitaires : vieillesse, sécheresse, perturbations climatiques (tempêtes). Des coupes de régénérations sont donc prévues : les vieux arbres seront coupés progressivement, une fois la relève installée. En moyenne, chaque année, 28ha seront renouvelés sur les 3 326 ha que compte la forêt. Il en résultera une évolution progressive du paysage au gré du rythme de croissance des arbres. En effet, 160 ans séparent le semis qui mesure 10 cm du chêne de 25 m de haut et de 65 cm de diamètre.

Dans une volonté de progressivité et de douceur dans les évolutions du paysage, l’aménagement tente de limiter la concentration des parcelles à régénérer dans un même secteur. Au nord de la forêt quelques parcelles de pins arrivés à maturité et quelques chênaies à durée de survie limitée seront renouvelées. Dans la moitié sud, à très nette dominance feuillue, l’effort de régénération portera sur des parcelles de chênes vieillissants.

Améliorer la qualité des peuplements forestiers

Au fur et à mesure qu’ils grandissent, les arbres ont besoin de plus d’espace et de lumière. Des coupes d’amélioration sont donc prévues. Elles prélèveront les arbres dominés, malades ou mal conformés au profit des plus beaux pour leur permettre de continuer leur croissance dans les meilleures conditions.

Mobiliser des bois pour la filière

L’intervention du forestier est d’abord technique. À l’issue de son expertise, il décide ou non de couper un arbre. Dans un second temps, il valorise commercialement les produits qui en résultent : bois de trituration, bois bûche, bois énergie, bois de construction, merrain, ameublement…
Depuis 2000, la forêt produit chaque année 14 950 m3 de bois commercialisé. Si les coupes entretiennent la forêt, des investissements en travaux sont également nécessaires.

Les travaux sylvicoles

Chaque arbre est sur le type de sol qui correspond à ses besoins. Des pins pour valoriser les sols sableux relativement pauvres d’une moitié de la forêt, des chênes sur les sols plus riches de l’autre moitié. Malgré tout, dans leur jeune âge, ils ont besoin d’aide pour s’en sortir face à une concurrence acharnée. Des travaux d’entretien des peuplements sont donc nécessaires pour obtenir à terme des arbres de qualité.

Les travaux d’infrastructure et d’équipement

Le développement du réseau de desserte est indispensable, que ce soit pour améliorer la qualité des chantiers d’exploitation forestière ou pour faciliter l’accès aux différentes parties de la forêt. De même, la création de zones d’accueil (aires de stationnement, mobilier…) ou le remplacement de matériel vétuste (barrières, signalétique etc.) représentent un coût non négligeable.

Les nouveautés du prochain aménagement

La diversification des traitements sylvicoles

Bien qu’une très grande partie de la forêt soit conduite en futaie régulière, on peut trouver, sur certaines zones de la forêt, des arbres d’essences différentes et d’âges variés au sein d’une même parcelle. Ces parcelles à structure irrégulière représentent environ 200 ha. Pour maintenir ce mélange et enrichir la gestion forestière de cette diversification, l’aménagement a choisi de les mener en futaie irrégulière. La coupe est à la fois une coupe de régénération et une coupe d’amélioration. Elle prélève au cas par cas des arbres de tous diamètres et de hauteurs différentes.

L’accueil du public et le paysage

Un soin particulier sera apporté sur les sites les plus fréquentés pour limiter l’impact visuel de la gestion forestière : conservation d’arbres remarquables, création de bandes paysagères, entretien des aires d’accueil.
Pour des transformations plus douces et progressives du paysage, les nécessaires coupes de régénérations seront étalées dans le temps et dans l’espace.

L'environnement et la protection des milieux

Afin d’assurer le fonctionnement en réseau de landes sèches et des milieux humides et la pérennité des espèces associées, l’aménagement prévoit l’instauration d’une réserve biologique dirigée dans le secteur de Haute Chaume principalement. Une gestion conservatoire sera donc privilégiée sur cet espace de 131 ha riche en habitats remarquables.